
Le Projet d’Appui aux Organisations Paysannes des Pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, FO4ACP, mis en œuvre par la Ligue des Organisations des Femmes Paysannes du Congo (LOFEPACO) en partenariat avec Eastern Africa Farmers Federation (EAFF) dans les Territoires de Beni et Lubero, en Province du Nord-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo, est en bonne voie. Ce projet a permis une nette amélioration dans la commercialisation des produits agricoles, notamment le manioc, à en croire les bénéficiaires de ce projet, encadrés par la LOFEPACO.
De la production de manioc
Nous sommes à Ighaviro, dans le Groupement Basongora, Secteur de Ruwenzori dans le Territoire de Beni, à la rencontre de Katembo Mutiva Moise, un des bénéficiaires du projet FO4ACP.
« Je suis un agriculteur, en même temps commerçant dans la filière manioc. La LOFEPACO, à travers le projet FO4ACP nous a appris comment commercialiser le manioc. C’est depuis environs 15 ans que j’ai commencé mon travail. Et la LOFEPACO est venue pour me renforcer en formation et m’apprendre d’autres techniques et vraiment je trouve des changements positifs. J’ai déjà installé un mini-dépôt au centre de Ighaviro où j’installe les cossttes de manioc après la production pour les vendre en détail et en gros (…) » explique Katembo Mutiva Moise.
A lui d’ajouter : « Il y a trop d’avantages dans la culture de manioc. Nous réalisons trop de projets en famille. J’ai déjà acheté trois champs, deux parcelles, trois chèvres et je suis en train de scolariser mes enfants grâce à cette culture de manioc. J’ai déjà finalisé la construction d’une maison en terre battue au niveau de Kasindi-Luviriha grâce à ce projet. Le projet FO4ACP, est pour moi un ouf de soulagement. Que le bailleur continue à nous soutenir pour améliorer d’avantage notre quotidien, vu que le manioc est un aliment de base ici chez nous (…) » chute Katembo Mutiva Moise
Après Ighaviro, nous nous sommes rendus à Kakumbio, une entité se trouvant à environ 1 Km dans la partie Est de l’agglomération de Kyatsaba, dans le Secteur de Beni-Mbau. Rencontrée dans son champ, en pleine activité de sarclage, madame Wakoma Kazimubaya Marie-Sofie nous parle ici des acquis du projet en faveur de sa famille :
« Je suis agricultrice et commerçante du manioc. J’ai environ 40 ans d’expérience dans la culture de manioc. J’exploite ½ ha où je produis entre 18, 21 voire 30 sacs des cossettes de manioc surtout quand la saison est bonne. C’est grâce aux enseignements et orientations que nous donne la LOFEPACO à travers le projet FO4ACP que nous parvenons à bien nous assortir du métier d’agriculteur et de commerçant de manioc. Après la production j’apporte une quantité au dépôt pour la vendre et attendre d’autres preneurs chez moi à la maison. Ah ! …, bon, de fois on trouve des preneurs mais leur prix n’est pas encore satisfaisant. Cet argent répond tant soit peu à nos besoins (…) » a-t-elle martelé.
Elle ajoute : « A travers cette culture de manioc, j’ai déjà un autre champ d’environs six (6) parcelles qui s’ajoute à ce ½ ha que j’exploitais bien avant. J’ai déjà acheté une moto. J’ai déjà payé des tôles que je compte utiliser pour la construction d’une maison dans les jours à venir, cela après la récolte de mon champ qui va bientôt atteindre la phase de maturité. J’ai quatre enfants qui ont déjà obtenu leurs diplômes d’Etat. J’honorais facilement leurs frais scolaires grâce à la commercialisation du manioc que moi-même j’ai produit. Vraiment je remercie vivement la LOFEPACO et EAFF pour leur intervention car avec le projet FO4ACP nous subvenons à nos besoins (…) » chute madame Wakoma Kazimubaya Marie-Sofie.
De la production de manioc à la commercialisation
Contactées, certaines productrices et vendeuses des cossettes de manioc parlent d’un changement positif qui s’observe actuellement dans leur quotidien. Pour elles, le taux élevé de production du manioc leur permet d’avoir en permanence des cossettes de manioc dans leurs mini-dépôts déjà installé grâce aux enseignements et orientations réçus de la LOFEPACO. Ces productrices et vendeuses des cossettes de maniocs témoignent de l’efficacité du projet au niveau local et souhaitent que le partenariat avec Eastern Africa Fermers Federation (EAFF) tienne aussi compte des aspects liés à la production.
Rencontré dans son mini-dépôt se trouvant au centre agricole et commerciale de Kyatsaba, madame Masika Mukosa Mali parle ici de ses réussites :
« Je fais l’agriculture de manioc et je pratique la commercialisation de ce tubercule. J’ai un mini-dépôt où j’installe ma production. Après avoir récolté mon champ, je procède également à prendre les productions des autres agriculteurs pour renforcer mon mini-dépôt. Et c’est ici où je reste en attendant les preneurs qui viennent de différentes contrées voire de consommateurs locaux. Ce travail de commercialiser les cossettes de manioc m’a déjà beaucoup aidé. Grâce à ce commerce, j’ai déjà commencé à acheter le cacao ici à mon mini-dépôt et que je revends aussi à d’autres grands acheteurs de ces produits industriels. Je prends également de haricot et le maïs pour revendre aux autres ; tout cela, c’est grâce à la production et la commercialisation du manioc avec l’accompagnement de la LOFEPACO à travers le FO4ACP (…) », se félicite Masika Mukosamali.
Pour sa part, madame Kavira Ferdinand, rencontrée dans sa parcelle toujours à Kyatsaba, où elle a déjà installé son mini-dépôt, explique cet ajout sur sa vie quotidienne acquis grâce à la production et la commercialisation des cossettes de manioc.
Elle indique: « C’est un travail qui m’aide beaucoup. Grâce à la production et la commercialisation du manioc, vraiment je suis à mesure de prendre en charge mes enfants, payer leur scolarité, leurs soins et répondre aux différents besoins de ma famille. J’ai suivi des enseignements et orientations des agronomes de la LOFEPACO. J’ai appliqué ces formations et j’ai constaté un taux élevé de la production de manioc. C’est après que j’ai pris la décision d’installer un mini-dépôt ici chez moi. Avant de suivre cette formation de la LOFEPACO je produisais difficilement. Actuellement, le taux de production est revu à la hausse. C’est comme ces cossettes que vous voyez ici, je les produis sur une petite superficie de mon champ pour les vendre chez moi (…) » a-t-elle martelé.
Kavira Mayani Cécile, productrice et commerçante des cossettes de manioc, salut à juste valeur l’apport du projet dans sa vie. Celle-ci, membre de l’UCOFADE Beni, l’une des Organisations Paysannes de base de la LOFEPACO, parle d’une valeur importante que la production et la commercialisation de manioc ont déjà ajouté sur sa vie quotidienne. Notre interlocutrice établit une liste exhaustive de différentes actions déjà réalisées grâce à la culture et à la commercialisation du manioc.
« (…) Mon travail est de cultiver et vendre les cossettes de manioc. C’est depuis 2020 que j’ai commencé ce travail. Il y a des avantages de cette activité culturale et commerciale. La scolarité de mes enfants ne cause plus problème ; je nourris facilement ma famille, vous le savez ici chez nous, le manioc constitue un aliment de base pour la majorité des habitants. Je viens de commencer la construction de ma maison. Même si je suis encore au début, mais au moins c’est grâce à la production et la commercialisation de manioc que je parviens à réaliser toutes ces activités. Pour tout dire, le projet a déjà fait quelque chose du bon sur ma vie (…) » a dit Kavira Mayani Cécile.
Du territoire de Beni au Territoire de Lubero, les bénéficiaires témoignent positivement le projet FO4ACP
Rencontré à Kakova, son village natal, se trouvant à Musienene dans le Territoire de Lubero, Gentil Kambale Kasika, l’un des bénéficiaires du projet d’Appui aux Organisations Paysannes des Pays d’Afrique des Caraïbes et du Pacifique, FO4ACP, producteur et commerçant des cossettes de manioc, se dit très satisfait par ce projet qui a grandement marqué et amélioré son quotidien.
Il parle de différentes techniques agricoles et commerciales qu’il a déjà acquises et qui lui ont permis de changer positivement son parcours. Dans son travail de production et commercialisation des cossettes de manioc, Gentil Kambale Kasika a déjà embrassé le secteur de l’élevage des moutons. Il compte une dizaine de têtes de moutons et chèvres, une activité qui l’aide à répondre facilement et positivement aux différents besoins au sein de sa famille. Pour lui, le projet FO4ACP, est un atout et un ouf de soulagement.
« …Je suis un agriculteur-éleveur, bénéficiaire de différentes formations et enseignements sur la production et la commercialisation de manioc, des enseignements fournis par la LOFEPACO à travers le projet FO4ACP. Ces moutons que vous voyez ici, ce sont les fruits de mon mini-entrepôt de cossettes de manioc. Ça fait maintenant environ deux ans que j’ai lancé cet entreprenariat après avoir reçu différentes formations et orientations ; et quand je gagne quelque chose, j’achète un mouton soit une chèvre et voilà aujourd’hui je compte maintenant des moutons et des chèvres propres à moi. Pour tout dire, LOFEPACO et son partenaire nous ont vraiment outillés, surtout dans le cadre de la commercialisation des produits agricoles, notamment les cossettes de manioc… ».
A lui d’ajouter : « … le message que je peux lancer à la LOFEPACO et EAFF c’est un message de remerciement et de solliciter que le partenariat LOFEPACO-EAFF aille de l’avant, leur appui est vraiment nécessaire. Vous voyez, grâce aux différentes formations nous avons été à mesure de bien produire jusqu’au point de créer d’autres activités. Cependant, nous avons encore des soucis dans la maitrise de ce nouveau secteur d’élevage. Et donc, si EAFF peut voir comment nous venir aussi en aide dans ce sens, cela pourra booster notre économie, et donc ça nous aidera de gagner d’avantage notre vie quotidienne… », chute Gentil Kambale Kaliki.
Ces défis à relever pour booster la culture et la commercialisation de manioc
Wakoma Kazimubaya Marie-Sofie que nous avons rencontrée dans son champ, fait savoir que certaines situations constituent encore un besoin pour booster la culture de manioc et donner de la valeur à la commercialisation de ce produit de grande nécessité au sein de la communauté. Pour elle, cela pourra encore une fois redynamiser la culture de manioc et permettre aux pensionnés de la culture de manioc de gagner plus pour leur permettre de bien produire.
Elle indique : « vraiment le projet nous a déjà beaucoup aidés. Et nous n’avons pas de mots pour exprimer notre satisfecit. Cependant, nous avons encore des problèmes dans la prise en charge de la main d’œuvre pour l’entretien de nos champs. Que la LOFFEPACO et notre partenaire s’investissent à voir comment améliorer notre semence. Celle que nous utilisons ne produit plus très bien vu son ancienneté. Oui, je sais que le projet s’investit beaucoup plus dans la commercialisation, mais j’aimerais à ce que le secteur de la production soit aussi appuyé par le projet ».
De son côté, Katembo Mutiva Moise, pense que si le marché de manioc est amélioré, cela aiderait encore les producteurs de ce produit agricole à répondre favorablement à leurs besoins : « Le prix de manioc cause encore problème sur le marché. Si l’on peut trouver ceux-là qui viendront d’ailleurs pour venir acheter nos productions, nous pensons que le manioc aura un bon prix et permettra aux cultivateurs de bien se retrouver », a-t-il souhaité.
Il ajoute: « Le problème que nous rencontrons dans ce travail est surtout lié au prix. Il arrive de fois que nous produisons, soit nous nous procurons de cossettes de manioc et subitement le prix perd sa valeur sur le marché. Là nous perdons directement. L’évacuation de nos produits du champ jusqu’ici à la maison vraiment cause un autre grand problème. Nous n’avons pas aussi des produits pour traiter nos champs pour afin lutter contre les différentes maladies qui attaquent nos champs. C’est une situation à prendre aussi au sérieux » a laissé entendre Katembo Mutiva Moise.
Il faut le dire, c’est depuis 2019 que le projet d’Appui aux Organisations Paysannes des Pays d’Afrique des Caraïbes et du Pacifique, FO4ACP est exécuté dans les Territoires de Beni et Lubero au Nord-Kivu. C’est la Ligue des Organisations des Femmes Paysannes du Congo LOFEPACO qui met en œuvre ce projet qui encadre directement 275 bénéficiaires, membres de 11 Organisations Paysannes de base. Parmi eux, 218 sont des femmes, soit 79,3%.